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Publié le par Stiltifi

MYSTIQUE ET SYMBOLIQUE QUANTIQUE


Les découvertes scientifiques du 20ème siècle ont révolutionné notre manière d’appréhender notre monde. Selon William Gibson, « la tentative de créer des fictions réalistes implique de composer avec une telle variété d’éléments fondamentalement fantastiques que la distinction entre fiction et réel est devenue difficile, voire quasiment impossible. » Enquête sur la probabilité d’une réalité.


La révélation. Un coup de bible et de parti communiste, et voilà une sainte sortie d’un film de Pasolini. Un théorème pour montrer que tout tourne autour du sexe. Fascination pour un mystère caché derrière un tissu quelconque. L’une des questions que l’on pourrait se poser à ce moment précis, c’est de savoir de quelle marque est ce bout de tissu. Moins évident, sur quelle machine l’ouvrière tissait sa toile, quel était le numéro de série de cette machine… Une enquête sur le culte d’une idylle, cadavre exquis et à rebours dans le plus pur délire fétichiste.


La culotte de Madonna.

Je rêve d’avoir la culotte que Madonna à lancer à Jacques Chirac. Pourtant, je n’aime ni Madonna, ni Chirac, juste le geste. L’objet symbole d’un geste. Les années passent, et le geste trépasse, devenant mystique parce que l’on a oublié ses origines. Les archéologues découvriront cette culotte dans les restes de ma cave détruite pendant la guerre. Elle sera encadrée dans un cadre doré à l’or fin. Proche de ce cadre, ils trouveront mon chat momifié, enfermé dans un coffre pyramidal. Nul culte égyptien, juste une expérience menée avec un docteur un peu givré. On arrivera juste à l’hypothèse que le culte égyptien était encore pratiqué au 21ème siècle et que les culottes des saintes étaient des reliques. En croisant les cultures, en sortant du carcan de la grille kantienne espace-temps, les possibilités de réalité sont infinies.


Informatique quantique.

L’informatique quantique se base sur une théorie dont découle l’éventuelle existence de multivers. Son principe est simple. Les calculs ne se font plus à l’aide de composants électroniques, mais à l’aide de composants élémentaires (photons, électrons, atomes…). Or dans l’infiniment petit, tout peut à la fois être et ne pas être. La particule se trouve dans une « superposition d’états ». Ce n’est que l’observation (la mesure) qui fixe l’état de cette particule. C’est le paradoxe illustré par le fameux « chat de Shroedinger ».

Imaginons mon chat enfermé dans un coffre pyramidal. Plaçons le au tiers de la hauteur du coffre, histoire de respecter les coutumes. Pour l’occuper dans la pénombre, donnons lui une petite fiole qui dégagera un gaz mortel si un unique atome radioactif se désintègre. L’événement a statistiquement 50% de chances de se produire. Laissons mijoter le tout. En ouvrant la boîte, il y a donc une chance sur deux de trouver mon chat en vie. Mais que se passe-t-il pendant que le coffre est fermé ? Selon les principes évoqués précédemment, l’atome radioactif reste dans une « superposition d’états » : il est à la fois intact et désintégré. Quant à mon pauvre petit chat, il est à la fois mort et vivant.

En informatique classique, l’information est codée en système binaire. Un bit représente une seule information : « oui » ou « non », 0 ou 1. En informatique quantique, on utilise le qubit : bit en « superposition d’état ». Avec 300 qubits, le nombre de combinaisons exprimées en même temps dépasse la totalité des atomes de l’univers. Or, pour être effectués et stockés, les calculs ont besoin de support, de mémoire, d’énergie, en résumé d’atomes… Petit problème de ressources, léger malaise métaphysique, convulsions dans la tombe de ce cher monsieur Descartes. Où donc tous ces calculs peuvent-ils s’effectuer, si notre cosmos ne suffit pas à les supporter ?

En 1957, Hugh Everett étoffa la thèse des univers parallèles. Aujourd’hui, les problèmes de ressources posés par le calcul quantique donnent plus de crédits à cette thèse. Everett suppose que plusieurs versions de notre univers cohabiteraient, toutes plus ou moins éloignées de celle que nous côtoyons. L’ensemble de ces versions se nomme le multivers. L’ordinateur quantique serait donc capable d’unir le multivers pour un seul de ses calculs. Un qubit serait donc à cheval sur deux univers : dans l’un, il stockerait la valeur 1, dans l’autre 0. Mon chat n’est donc plus un mort-vivant. En ouvrant le coffre, je connaîtrai son état dans notre réalité, mais il plus que probable que dans une autre réalité il ait réussi à se fabriquer une clé de fortune pour pouvoir ouvrir le coffre de l’intérieur, voire que dans une autre il soit chanteur dans un groupe de Punk.



Tout, rien ou n’importe quoi.

Mon chat rock star, des hiéroglyphes représentant la culotte de Madonna… forcément les réalités des autres univers amènent à se poser de sérieuses questions. Quant à leur futur… Si un objet de notre réalité existe tel quel dans un autre univers, a-t-il la même fonction, la même valeur symbolique ? L’archéologie montre à quel point il est difficile de comprendre et d’analyser des sociétés ayant jadis vécu dans le passé de notre réalité. Et pourtant l’écart culturel entre ces civilisations du passé de notre réalité et les civilisations de notre présent est généralement faible. Imaginez l’impact de la vision d’un dinosaure ayant évolué en créature intelligente dans un univers parallèle au notre et conduisant une DS sur les bords du quai de la fosse à Nantes !

Stephen Hawking pense que notre Univers est peut être le plus probable de tous les univers infinis. De plus, il est fort probable que les autres univers ne soient que des mers mortes de neutrinos, photons et autres particules. L’autre problème qui se pose alors, c’est finalement de savoir comment l’homme peut visiter ces autres univers. Où se trouvent ces portes que certains nomment trous de ver ? Les romans et autres supports de fiction nous préparent à ces univers et à ces trous de ver qui seront révélés lors de l’avènement de l’informatique quantique.


Prémonition des multivers.

La première apparition publique des trous de ver remonte à plus d’un siècle, dans un livre écrit par un mathématicien d’Oxford, en Angleterre. Craignant peut-être que les adultes ne se hérissent à l’idée d’espaces multi connexes, il prit un pseudonyme et écrivit l’ouvrage à l’intention des enfants. Il se nommait Charles Dodgson, son pseudonyme était Lewis Carroll, et le livre avait pour titre De l’autre côté du miroir.

Contemporain des théories de Everett, Dune de Frank Herbert. Des hommes complètement shootés à une drogue, l’Epice, que l’on ne trouve que sur une seule planète sont capables de plier l’espace-temps afin d’effectuer des voyages interstellaires. Ces navigateurs de la Guilde seront portés au grand écran par David Lynch sous la forme d’immenses cerveaux flottants dans un nuage d’Epice. Pour leurs petits déplacements, ces navigateurs spatio-temporels aux bouches vaginales se déplacent dans des containers dignes d’un Horta hi tech. Et puis, ces vers géants qui s’amusent à jouer à saute-mouton dans le désert, profitant de cette occasion pour sérieusement se défoncer avec leur coke coupée à la pisse.   


David, prophètes du multivers.

David Lynch utilise couramment le multivers. Eraserhead, Elephant Man, Blue Velvet, Twin Peaks, Lost Highway, Mulholland drive Les objets conçus par l’homme y sont les indices et les traces de la réalité. Contrairement à toute personnalité humaine, seul le design d’un objet est instable. La clé du coffre où mon chat est enfermé reste une clé, même si elle n’a plus la même forme. Les objets sont les médiums de nos valeurs symboliques. Lynch exploite ce postulat à l’extrême dans Mulholland drive. Deux univers coexistent en restant  très proches l’un de l’autre. Le premier univers est-il le rêve schizophrène d’une blondinette shootée plongeant dans la dépression ?  Transposition d’une déviation d’ordre psychiatrique, construction mentale d’un univers parallèle, ou réel « autre » univers ?

David Cronenberg est un des autres ténors du multivers. Ce cinéaste a adapté Philip K. Dick (Dead Zone), William Burroughs (The Naked Lunch)… Et eXistenZ ressemble étrangement au Neuromancien de William Gibson. Dans ses films, les basculements dans les multivers s’opèrent sur les trois modes du monde de la psychologie existentielle : l’Eigenwelt (rapport avec soi-même), le Mitwelt (interaction avec autrui), et l’Umwelt (rapport aux objets

matériels et biologiques). L’altération et la dégénérescence de ces trois modes au passage d’un trou de ver sont récurrentes. Visionnage d’un snuff  movie, plug sur un réseau, fix d’une drogue inconnue, activation d’un telepod, une juste une partie de baise… comme autant de boussoles émotionnelles pour basculer dans le multivers. Les personnages portent toujours les traces de leurs voyages : stigmates de dépendances, souvenirs d’un changement de phases, Umwelt invariant…


 

L’objet culte, souvenir monumental.

L’objet coexistant à l’identique dans deux univers parallèles, repère de deux espaces-temps, « superposition d’état ». Cette vieille carte postale de Nantes trouvée l’autre jour en flânant chez un antiquaire à Paris. Etrange, intrigante, comme le visage d’une femme, bombe à retardement d’ubiquité, déjà vu au bout d’une jetée. De quelle marque est sa culotte? Quand le symbolique devient mystique, lorsque les temps convergent en un point.




Publié dans G POINT

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