SYNCOPES

Publié le par Stiltifi

Il était une fois un type un peu paumé qui tomba un jour amoureux de la fille du vent. Cette fille, il ne l'avait vue qu'une seule seconde, mais il revivait cette seconde à chaque pas. Dans son regard : toujours la même histoire. Sans s'en rendre compte, il allait vivre en boucle. Qui pouvait dire que la fille du vent était aussi sorcière et sirène, aux sortilèges et chants envoûtants. Croyant être un serpent filant droit, sa trace n'était en réalité qu'une boucle infinie. Maladroit, mal et droit, malle étroite traînant derrière lui remplie d'un seul et unique rêve, il marchait le long d'un mur d'enceinte, enceinte d'un espoir fou.


Incapable de comprendre ma dégénérescence,

Hypnotisé par son regard vif et pénétrant,

Déjà inscrit sur la liste des absences,

Numéro occupé, saturé, classifié errant,

Glissant le lond d'espaces sans noms,

De clairières désespérément vides,

De mots qui ne veulent plus rien dire,

Effacés de leur essence, sans aucune trace,

Perles d'argent luisantes au soleil couchant,

Ayant fait tout oublier d'un monde si navrant,

N'entendant même plus le murmure du vent,

Qui m'a pourtant nargué de son enfant,

Boucle rayée aux mots inconnus et résonnants,

Peut être un prénom, mais je ne sais plus,

Ne croyant qu'en ses yeux émeraudes et blancs,

Et pourtant une impression de jamais plus.


Prisonnier des barreaux de l'ombre,

Torturé par de sombres héros

Perdus au milieu des décombres,

Envie irrésistible d'être un bourreau,

De disparaître dans ces ruines,

D'ensevelir toutes mes racines,

Dans une terre non encore cultivée,

De m'asseoir dans les fils barbelés,

De me tordre de douleurs enivrantes,

De sentir ses lames s'enfonçer

Dans ma chair blanche et fainéante,

Qui se décompose, se clône et prône,

Cette chose indigne et inaliénable,

S'assoyant sur son dangereux trône,

Cadavre d'un assassin véritable.


Insaisissable sabre qui s'enfonce à mille reprises,

Dans ces artères aux flots déstructurés et éclatés,

Haine invraisemblable de l'autre; trouble exquis,

Ardeur démarrante et essuyée d'un devenir flou,

Inexplicable attraction de cet échec douloureux,

Séduction de la défaite toute puissante, aimante,

Et mensonges de pas qui résonnent loin et faux,

Echo inconscient d'un coeur qui bat inexistant,

Serpent qui se mord infiniment sa frêle extrémité,

Et qui s'enfuit à travers les herbes les plus hautes,

Que l'alcool efface et fait resurgir violemment,

Avec tant de souffrances, de peines et d'errances,

Des maux, des mots, toujours des milliers de mots,

Qui ne font pas la vie, qui racontent et faussent,

Haussant le ton, exorbitant les veines rejaillissant

Sans prévenir de ce fol excès terrible de sang.


Corps plongeant dans les froides ténèbres

Pics glacés s'enfonçant dans les veines,

Sang heurté par des choces funèbres,

Fantômes guidés par cette sirène

Au son terrible tiré de l'enfer,

Au ciel couleur de la colère,

Acte manqué, révolution échouée,

Esprit perdu, noyé, désespéré,

Fatigué, éreinté, ras le bol,

A bout de souffle, navré, exaspéré,

Game over, Go over, Gave more,

Ouais, ouais, pas loin d'être mort.

Less is more ou more is less,

Un mort c'est un mort, même en laisse,

Même dans son cercueil standardisé,

Volume où nous finirons tous fanés.


Le regard sillonnant entre les joints des pavés,

Se heurtant à des excréments de bêtes mal dressées,

Flirtant avec les gouttes de sang et de latex salivé,

Brûlant dans des visions nocturnes et scintillantes,

Ténébreuses vitrines narguant de leurs réflexions,

Miroirs moqueurs, videurs et têtes de cons,

Berceuses, aguicheuses et chieuses du tréfonds,

Mal sulfureux et frustrations d'une âme errante,

Rêvant de documentaires animaliers :

«La prédatrice de sa délicieuse aisance

Enfonça sa lame froide sous les plis

Corporels de sa proie, déchirant en de

Multiples plaies son coeur encore battant »

Même pour souffrir, il faut parfois payer,

Et comprendre que le plaisir peut effrayer.


Je crois que je suis encore bourré,

Bourré de conneries et complétement plein,

Plein de remords et vraiment fait.

Fait tard, putain il est déjà demain.

Mais c'est quoi ce truc que je traîne ?

Lâche le qui me disait l'autre con !

Moi je savais pas, bordel de migraine,

Ce fil là et puis au bout ce ballon.

C'est pas un alcootest, mais faut souffler,

Tout ça c'est du vent, rien que du vent.

Dans ce ballon, y a rien que du vent emprisonné.

Lâche l'affaire, elle aime la liberté.

Et merde pourquoi je repense encore à elle ?

J'en ai marre d'être un idiot.

Ce truc, c'est même pas elle,

C'est rien qu'un pauvre ballon, gros !


Je me rappellerai toujours ce jour,

Où tout s'écroula autour de moi,

Où les pierres de mon long parcours

Tombèrent une à une de tout leur poids

Détruisant le linéaire, logique

Qui ne pouvait plus exister,

Lassitude d'une vie archaïque,

Fil enfin coupé, enfin libéré,

Violence totale, excès dramatique,

Soulagement incohérent et fatigué,

Ressources inépuisables, épileptiques,

Destruction d'un tout pour oublier,

Simple colère pour oublier,

Difficile oubli pour respirer.


Et le soleil réapparu au loin à l'horizon,

Ame jadis perdue ayant retrouvé son nom,

Aux flammes flamboyantes perlées d'eau-de-vie,

S'évaporant transparente, messie de l'extasie.

Course effrénée contre l'innommable ennui

D'une vie déjà ratée, boudée, quasi finie,

Ligne enfin brisée ayant rompu l'infini,

Overdose d'un passé lourd d'agonies,

Libéré de l'utopie, des idéaux radicaux,

Souffrance effacée, éradiquée, exterminée,

Extrême jouissance, disparition des maux,

Constat terrible et insoutenable de l'humain :

Pour vivre, il faut au moins une fois mourir

Dans sa vie, pour peut être enfin être une fin. 

Publié dans POEMES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article