#007

Publié le par Stiltifi

Sacoche est seul. Seul devant le fleuve. L’impressionante masse d’eau qui coule devant lui ne lui fait pas peur, ni même le vide dessiné par les quelques mètres qui le séparent de la surface liquide. Encore à cet endroit, le fleuve subit les contraintes de la marée. Plus loin, l’océan doit être au plus haut. Ici, le fleuve le sera dans une heure à peine.

Il grimpe les échelons qui séparent son jardin du quai. Le soleil est doux, mais Sacoche par précaution déploie son parasol. Il s’approche du garde-corps qui délimite son jardin, tire sur un levier puis tourne une manivelle. Une malle noire s’élève du quai par une trappe et remonte lentement jusqu’au jardin suspendu. Sacoche saisit la malle, la pose à plat et en sort un étrange violoncelle métallique.

Il s’assoie sur une chaise de bois et de paille, enlace l’instrument, sort un archer de son long imperméable noir et commence à jouer. Aucun son. Et pourtant il continue à jouer. Son regard ne se porte pas sur ses mains ni sur les cordes qui luisent d’une mystérieuse lumière rouge. Non, derrière ses lunettes rondes, Sacoche regarde le fleuve. Pas le vide ou l’horizon, mais bien le fleuve. De sa position, il est tel un maître nageur qui scrute et qui surveille.

A la surface de l’eau, des tourbillons commencent à se former. Ils deviennent de plus en plus profonds. Ce ne sont plus des tourbillons, mais des chemins, des vallées, des montagnes. Chaque mouvement du fleuve semble maintenant naître du frottement de l’archer de Sacoche contre les cordes du violoncelle. La plateforme même sur laquelle joue Sacoche ne cesse de monter et descendre subissant les remous incessants de ce paysage liquide en constante évolution.

Puis, plus rien.

Sacoche a cessé de jouer. En regardant les dernières vagues qui achèvent sa sonate, il semble maintenant heureux.

Publié dans G POINT

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