#238

Publié le par Stiltifi

Quand je peux, je jette une pierre dans la Loire parce que c’est plus facile à trouver que les marguerites. Quand je peux pas, je préfère aller voir les putes, mais juste les voir.

 

Quand j’étais gosse, Papy me parlait des bordels de son époque. C’était planqué dans des maisons grises, et les filles montraient leurs jambes en les faisant glisser à travers les rideaux de leurs fenêtres.

 

Le Mayébézé, c’est pas comme ça. Ca flash partout. C’est tout rose. Ca me fait mal aux yeux. Quand les grands panneaux se dressent, on entend pleins de rires. Et puis on voit aussi le haut des arbres qui sont à l’intérieur. C’est chouette, ça me rappelle le jardin de mon grand oncle qu’était curé. En même temps, c’est un peu l’usine à baise comme y dit Norbert. Dire qu’avant c’était un bateau de l’armée.

 

Ma préférée c’est Cerise. J’adore sa chambre toute rouge. Pas aussi rouge que le rouge à lèvres de Lady Nowat mais, Cerise, c’est la seule qui accepte que je la regarde travailler à travers son hublot. Même qu’une fois, un de ses clients m’a dit que je pouvais rentrer dans la chambre m’asseoir les regarder faire. Il avait l’air gentil, mais il souriait bizarrement. Et puis surtout il bavait. Le lendemain, on l’a retrouvé noyé dans la Loire.

 

J’en parle souvent à Merlin, ce type suspendu dans sa cage en métal. Il s’en fout de ce que je lui raconte. Pourtant, il doit avoir une bonne vue sur le Mayébézé de là où il est. Des fois, il s’énerve comme un singe. Faut dire que c’est pas très rigolo sa vie. Quand on l’oblige à se laver, c’est pour être encore plus crade qu’avant. Elle est vraiment dégueulasse la Loire. Une fois, son gardien de prison était tellement bourré qu’il s’était endormi aux commandes de la grue jaune qui maintient sa cage. Résultat, Merlin avait failli se noyer à cause de la marée qui montait.

 

La cuite qu’il avait du prendre le gardien ! C’est quasiment un rituel chez lui. Je l’ai encore croisé ce matin au Malovanka. Il était pas beau à voir.

 

Maintenant je sais pas où je suis. Sous l’eau. Perdu. L’infini. Pardon maman, je voulais pas. J’étais là où il fallait pas.

Publié dans G POINT

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