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Publié le par Stiltifi

Avant de me tirer de chez de moi, j’aurai mieux fait de boire les deux bières qui me restaient dans le frigo. C’est malin, maintenant j’ai la dalle. Je me pointe au bar du train. Une queue d’au moins vingt personnes. Je demande au barman s’il n’y a pas moyen de patienter en sifflant tranquillement une petite mousse. Tout le monde me regarde d’un sale œil. Ok, j’ai compris. De toute façon j’avais pas envie de boire debout. Vu comment le train se prend pour un paquebot en pleine tempête, c’était un coup à en foutre la moitié par terre.

Dans la queue, la nana devant moi se regarde dans le reflet d’une vitre. Elle a pas l'air mal. Un poil trop grande, un excès de plâtre maronnasse sur la gueule, une blonditude qui ne doit pas être intégrale, mais bon… A défaut d’une blonde mousseuse autant faire mousser une fausse blonde pulpeuse. Son téléphone sonne. Son accent jambon et ses fringues me font bien comprendre que la bestiole est du genre jeune bourgeoise marseillaise du 8ème. Plutôt le genre de nana qui va dans les restaurants ou les boîtes où des gens ont pris le soin de me faire une carte d’anti-adhérent. A Marseille, le téflon ça me connaît et je traîne un paquet de casserolles.

La queue n’avance pas et j’ai une furieuse envie de tirer sur la queue de cheval qui n'arrête pas de bouger devant mes yeux. Ca me rend dingue. Je m’occupe en tapant du pied. La bourgeoise se retourne et me regarde furtivement, l’air agacé. Bon. Je vais taper en rythme alors si elle est pas contente. Elle se retourne à nouveau et me fixe du regard. Son gloss vulgos commence à bouger :

« Vous avez du dentrifrice sur le coin de la bouche monsieur.

- Ah ça ? Non, non... c’est de la bave. J’ai la rage. J’avais justement envie de vous mordre. C’est possible ? »

Là-dessus, je constate que la peroxydée n’a pas un panel d’expressions très étendu. Pas un sourire. Pas même un rictus de dégoût. Nulle. Et en plus elle se casse. Bon débarras, ça me fait deux minutes de gagner sur le ravitaillement en bulles.


Publié dans OK YALTA

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